Population et habitat

 

Texte écrit en 1960 par E. Boileau (mémoire Ecole Normale)

 

 

1. LA POPULATION

Les mouvements dans le temps

En 1860, sous le gouvernement de Napoléon III, à la création du centre, sur les 40 concessions de 13 ha vinrent s'installer des Français d'origine assez hétéroclite, mais en majorité terrienne. Dans les années suivantes, parmi les colons arrivés tant en 1848 qu'en 1860, beaucoup, sans vendre leurs terres, gagnèrent des régions proches et plus salubres.

Au 1er janvier 1866 on comptait :

162 Européens

1482 Musulmans,

soit : 1644 habitants.

Depuis cette date la population a beaucoup varié. Elle a été croissante au début ; vers 1891 on a vu un afflux notable de population espagnole dont il reste trace dans les noms des habitants du pays. Puis elle diminue du fait de la guerre de 1914-1918, ce qui ne s'était pas produit en 1870-1871. A partir de 1921, elle croit à nouveau.

Aux dernières estimations, la population se répartit comme suit :

                407 Européens

                4905 Français-Musulmans

        soit : 5312 habitants

 

On remarque déjà la progression beaucoup plus importante de la population indigène. La densité atteint 74 habitants au km2 à peu près également répartis sauf dans la région des Karezas, la Doumia, et la zone boisée des collines.

 

 

Evolution de la population d'Attatba

Années

Français

Etrangers

Musulmans

Total

1868

146

21

1482

1649

1871

186

36

 

 

1892

160

247

1547

1954

1901

306

 

 

1911

277

 

 

1921

181 dont 97 naturalisés d'origine espagnole

40 (espagnols)

2052

2273

1926

206

38

2500

2744

1955

407

 

4905

5312

 

 

A titre général voir en annexe l'émigration européenne en Algérie

 

 

Evolution de la population d'Attatba et des communes environnantes entre 1868 et 1892

Communes

Français

Etrangers

Musulmans

Total

 

1868

1892

1868

1892

1868

1892

1868

1892

Attatba

146

160

21

247

1482

1547

2019

1954

Castiglione

293

835

86

689

6

242

385

1766

Téfeschoun

195

173

58

108

125

97

378

378

Bérard

90

118

3

101

15

133

108

352

 

 

 

 

Les naissances et décès

 

 

1925

1930

1934

1939

1958

1959

Taux en 1959

Naissances

66

66

95

154

203

315

5,90 %

Décès

67

51

59

70

85

121

2,27 %

 

On se rappelle que 1927 a été marqué par l'assèchement du lac, donc une première amélioration sanitaire. Ces taux très élevés sont fonction du milieu rural pauvre qui traditionnellement dans tous les pays fait beaucoup d'enfants afin qu'il en survive suffisamment pour s'occuper des parents âgés, ceci renforcé par une surveillance sanitaire plus conforme aux progrès de la science ; et pour la dernière année, l'insécurité amenant des regroupements, et la restriction des déplacements due au couvre-feu s'y ajoute probablement.

 

 

Le mouvement dans l'espace

 

Un autre changement s'est accentué récemment : les ouvriers saisonniers qui venaient aider aux travaux agricoles demandant beaucoup de main d'ouvre, tel l'arrachage du tabac et des carottes, les moissons et les vendanges, ont tendance à se sédentariser sur le lieu habituel de leur travail. Ils sont originaires des communes de Médéa, Berrouaghia et de la région, des communes mixtes des Braz et du Djendel dans la vallée supérieure du Chélif, de Téniet el Hâad.

D'autre part de nombreux Kabyles sont venus se réfugier chez leurs parents et amis, qui tiennent des commerces, à cause des événements actuels, mais ceux-ci continuent à dépendre de leur commune d'origine.

 

L'ethnologie linguistique : composition

Nous avons donc pu constater que la population de la commune se compose d'une majorité musulmane atteignant les 9/10 de l'ensemble, et d'une faible minorité française de souche née en Algérie de parents qui y sont nés eux-mêmes.

On compte une unique famille israélite.

La majorité musulmane se compose d'Arabes et de Kabyles entre lesquels la distinction est assez nette :

- les Kabyles, au nombre d'une vingtaine de familles, ce qui représente 2,5% de la population, sont commerçants dans le village ; les rares émigrants sont parmi eux.

- les Arabes sont agriculteurs, ouvriers agricoles ou manoeuvres dans les professions du bâtiment.

La langue la plus utilisée chez les Musulmans est l'Arabe dialectal ; les Kabyles l'emploient fréquemment à cause de leurs relations commerciales. Le Français est répandu ; on rencontre rarement quelqu'un qui ne le parle pas du tout, moins encore quelqu'un qui ne le comprend pas, si ce n'est chez les sédentaires récents. 

 

2 - L'HABITAT

Il est en général de type dispersé, chaque ferme étant un centre d'habitation réel; mais une ferme est en même temps un noyau de vie car elle regroupe les gourbis des ouvriers qui y travaillent. Les agglomérations les plus importantes en dehors du village qui groupe à lui seul 2000 habitants sont par ordre :

        - la tribu des Ben Nessah à l'est,
        - le Kandoury,  
        - le domaine Sidi El Eubchi à l'ouest.
 

Il ne semble pas y avoir de règle générale en ce qui concerne la position des habitations par rapport à l'ensemble des exploitations ; certaines sont sur la limite extérieure de leurs terres, comme le Haouch el Imam (le jardin des tourterelles), d'autres ont une position moins excentrique.

Les Arabes continuent à vivre dans des gourbis dont les murs de torchis sont recouverts de roseaux et de diss, mais adoptent peu à peu les maisons en dur ; on essaie actuellement de mettre à leur portée des logements de ce genre, ce qui a été réalisé partiellement grâce à la construction de la cité Musulmane au village et à des initiatives semblables et personnelles des propriétaires.

 

cliquer sur les photos

                                      Des gourbis                                         La " Cité Musulmane " bâtie dans le village

 

Les Kabyles habitent tous dans des maisons plus proches de l'habitation européenne en pierre.

Cette population montre cependant une grande faculté d'observation et d'adaptation ; il suffit de quelques années d'éloignement pour s'en rendre compte : hommes et femmes adoptent le vêtement européen ; les femmes y mettent plus de lenteur et conservent plus longtemps le pantalon typique, car elles sont maintenues chez elles par un faisceau de traditions.

La fréquentation scolaire est bonne, mais davantage pour les garçons que pour les filles. On sent que la population musulmane cherche à s'élever par la culture française ; cette poussée est moins nette chez les femmes, réfrénée par les coutumes, qui sortent toutefois assez facilement de leur foyer ; mais peu d'entre elles adoptent le mode de vie occidental.

 

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