Attatba et l'école

Texte de E. Boileau

 

 

 

 

 

 

 

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L'école à Attatba

 

Attatba a son école dès 1874, même si elle ne se compose que d'une seule classe mixte. Il convient de rappeler quelle était alors la situation générale ; nous nous attacherons à l'enseignement primaire puisqu'il fallait ensuite quitter le village pour les cours complémentaires ou les lycées de Blida ou d'Alger (Grand Lycée 1835).

Avant 1830 seule existait l'école coranique ou le " par cour " était roi, survivance de la scolastique moyenâgeuse, qui ne pouvait toucher potentiellement qu'un quart de la population, puisqu'en étaient exclus les filles et les Kabyles qui ne parlaient pas l'Arabe. En fait très peu d'enfants recevaient un enseignement.

A partir de 1830, alors que Guizot opte pour l'enseignement simultané, comme chaque fois qu'il y a pénurie de maîtres, on fait appel à l'enseignement mutuel, chacun apprenant sa langue à l'autre, les meilleurs servant de répétiteurs aux moins avancés. Cela évolue : on a bientôt un maître arabe enseignant l'Arabe et la religion (jusqu'en 1886 : loi Goblet sur la laïcisation) adjoint à un maître français chargé des matières générales.

La première Ecole Normale d'Alger est instituée en 1865, au parc de Galland, suivie d'établissements analogues dans les principales villes. En France elle a été instituée par Guizot en 1833 pour les garçons et le sera en 1879 par P.Bert pour les filles. La formation est identique, sauf que s'y ajoutent des cours d'Arabe.

Les lois Jules Ferry sont presque aussitôt répercutées mais, si la gratuité est largement pratiquée depuis 1865, l'obligation se heurte à trop d'obstacles : manque de maîtres, manque de locaux et éloignement des élèves qui sont cependant recensés.

Dans les villes co-existaient des classes primaires pour les enfants européens et de plus en plus d'enfants musulmans issus de milieux ouverts à la pratique du français et des écoles pour indigènes. Dans les campagnes, tous se trouvaient réunis souvent en classe unique (mais il faudra attendre 1880 et Jules Ferry pour que s'ouvrent en Kabylie les premières écoles rurales). L'école unique voulue par Herriot se réalisera en Algérie avec un temps de retard. La mixité est impensable, et les écoles de filles reçoivent un effectif moitié moins nombreux.

Deux chiffres doivent être cités :

- 3 300 enfants scolarisés en 1870

- 850 000 soit un sur deux en 1961 (37% de filles)

La scolarisation s'est accrue plus vite que la démographie mais pas aussi vite que le prévoyaient les textes de 1944.

Les destructions de classes se multipliant à partir de 1954 du fait du terrorisme, deux mesures viennent pallier cet état :

- on institue le mi-temps, deux classes de quatre heures fonctionnant successivement dans la même salle, ceci amenant le recrutement d'instructeurs. 

- les S.A.S. ( Sections d'Administration Spécialisées ), résurgence des Bureaux arabes du Second Empire, ouvrent, entre autres tâches, dans le bled des classes pour enfants et pour adultes tenues par des militaires.

A Attatba des cours féminins (couture, cuisine, hygiène) ont fonctionné durant cette période, à l'initiative de la S.A.S. de Montebello et grâce au volontariat de quelques personnes.

Les maîtres qui sont affectés dans le bled trouvent des conditions très sommaires - des écoles gourbis - où ils doivent certes enseigner, mais aussi être cuisinier, maçon, menuisier, médecin voire vétérinaire, jardinier et conseiller agronome pour les adultes, secrétaire et écrivain public.

Les maîtres sont rémunérés sur le 1/6 de l'octroi de mer perçu par les communes jusqu'à ce que l'Etat prenne la charge des traitements. Les "demoiselles" et les célibataires ne tiennent pas toujours face à de telles conditions. A Attatba, les "demoiselles" défileront beaucoup, selon leur courage et les besoins de l'administration.

Aux Archives et dans les souvenirs, nous avons trouvé mention de :

- Melle Belle, d'octobre 1885 à Avril 1886,

- Melle Rias qui lui succède ; elles doivent se partager la location du lot de dotation  scolaire de l'école de filles ( C.A.O.M. 3P/47 ),

- 1892 : Mr Levi et Mme Wolff  ( 1er Annuaire ),

- 1903 : Mlle Sisco qui, nommée à Souma, quitte le village à Noël,

- 1904 : Melle  Zoeller la remplace en janvier,

- 1908 : Melle Leudiger-Fortmorel qui, en janvier, est payée 1600 F.

Nous pouvons encore citer, à peu près dans l'ordre :

- Mlle Malignon, vers 1933,

- Mme Alla qui garde son poste plusieurs années,

- Mlle Lichler,

- Mme Bionano ,

- Melle Marchandou,

- Melle Kieffer

- MeIle Jarry, en 1940,

- Mlle Rochy qui épouse M. Vesole de l'école de garçons arabes,

- Mlle Alexandre vers 1944.

Il semble bien que la stabilité des maîtres ne devienne effective qu'à l'arrivée de M. Cachia en 1945 bientôt suivi par M. Brakni, puis par M. et Mme Bellini.

 

Messieurs Brakni et Cachia

 

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Monsieur Cachia, notre instituteur

 

De nombreux instituteurs enseignèrent à Attatba, dont certains ne firent que passer. Trois d'entre eux resteront plus particulièrement dans nos mémoires :

- Madame Alla, maman au grand coeur d'une famille nombreuse, qui, après avoir interrompu ses activités professionnelles pour élever ses enfants, les reprit plus tard par nécessité,

- Monsieur Brakni qui fit une grande partie de sa carrière au village et fut directeur de l'Ecole,

- Monsieur Cachia enfin, qui, pendant 15 ans, de 1945 à 1960, donna aux plus jeunes d'entre nous les bases de leur savoir et vécut l'explosion de la scolarisation que connut, comme le reste de l'Algérie, notre village ( deux classes après la guerre et une douzaine à l'indépendance ).

Ses grands-parents, paternels et maternels, arrivèrent en Algérie dans les années 1870 de Malte, de Paris et d'Alsace ; commerçants, ils travaillèrent dur et firent souche dans notre Mitidja ; ses parents lui permirent de poursuivre ses études et de devenir instituteur.

Après avoir occupé quelques postes et enseigné à l'Ecole des Mousses de l'Amirauté pendant sa mobilisation, il s'installa à Attatba où il fit la plus grande partie de sa carrière.

Il enseigna au début en classe unique, allant du cours élémentaire à la préparation du Certificat d'Etudes, tâche difficile dont il s'acquittait avec beaucoup d'efficacité. Il fit partie de cette race d'instituteurs, comme en connut beaucoup l'Algérie, cultivés et compétents, intransigeants sur la discipline et la qualité du travail, et qui donnaient à leurs élèves une excellente formation de base.

Sévère mais juste, il était respecté des enfants et apprécié de tous les parents, Arabes et Européens, à tel point qu'on lui demandera de rester à son poste, à Boufarik, après l'indépendance, et qu'on lui confiera la Direction d'un groupe scolaire important de 21 classes et plus de mille élèves, puis de professeur de mathématiques au collège technique.

 Il avait de l'allure, notre maître, toujours élégant et soigné, dans sa blouse noire, distribuant, selon les mérites, bons points ou coups de règle sur les doigts, mais ne ménageant jamais sa peine pour ses élèves; il nous faisait jardiner, chanter; il tenait une coopérative de fournitures, organisait la distribution des prix et l'arbre de Noël, s'occupait à midi des enfants des fermes qui mangeaient sous le préau et dont Madame Cachia faisait réchauffer les gamelles ou cuire la viande.

 Il fut aussi un des créateurs et des animateurs du Ciné-club, qui  connut un grand succès au village durant de nombreuses années.  

Lors des réunions de l'Amicale des Anciens d'Attatba, il est très entouré par ses anciens élèves qui lui témoignent beaucoup de respect et d'affection. Pour nous, il n'a pas changé et nous le voyons toujours avec nos yeux d'enfants. Nous sommes, encore aujourd'hui, tous très fiers de notre instituteur !  

 

 

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La fête de fin d'année

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La galerie de photos de classes

 

 

 

De la plus ancienne, dans les années 20, aux plus récentes de 1961 : Cliquer pour les consulter.

 

 

 

Sources : - Monsieur Cachia

                - Revue " l'Algérianiste "

                - Décrets C.A.O.M. MI 144 et C.A.O.M. 952

                - A.Prost : Histoire de l'Enseignement

 

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